
Une audience opposant Arm à Qualcomm a soudainement tourné au débat sur la crédibilité des architectures processeur. Pour la juge Maryellen Noreika, la concurrence exploitable se résume encore à Arm et x86, malgré les promesses accumulées autour de RISC-V.
RISC-V confronté à la réalité des centres de données
L’observation est intervenue devant le tribunal fédéral du Delaware, au quatrième jour d’une procédure distincte engagée par Qualcomm contre Arm en 2024. Appelé comme témoin en réfutation par Arm, Timothy Simcoe a soutenu que les pressions exercées à long terme par x86 et RISC-V contribuaient à contenir les exigences commerciales du concepteur britannique.
Maryellen Noreika a directement contesté cette lecture. Face à l’évocation de l’investissement de Qualcomm dans Ventana, la juge a estimé que cette technologie n’était pas utilisable aujourd’hui à une échelle comparable et que la concurrence concrète restait limitée à Arm et Intel. Simcoe a finalement reconnu que RISC-V demeurait embryonnaire dans les centres de données d’entreprise, hormis quelques développements naissants menés par des groupes chinois comme Alibaba.
La juge a ensuite reformulé la défense d’Arm : si l’entreprise impose des conditions déraisonnables, elle incite ses clients à financer d’autres technologies, ce qui exercerait à terme une contrainte concurrentielle. Le témoin a admis que cet effet faisait partie de son raisonnement. Il s’agit toutefois d’une pression potentielle, plutôt que d’une alternative industrielle immédiatement disponible.
Le conflit Arm-Qualcomm reste au cœur du débat
Le contentieux trouve son origine dans le rachat de Nuvia par Qualcomm en 2021 pour 1,4 milliard de dollars, soit environ 1,3 milliard d’euros à titre indicatif. Cette acquisition a accéléré le développement des cœurs Oryon. Arm considérait cependant que l’Architecture License Agreement, ou ALA, accordé à Nuvia ne pouvait pas être transféré automatiquement à Qualcomm sans nouvel accord.
Dans cette première bataille judiciaire, Maryellen Noreika a retenu la position de Qualcomm, dont le propre ALA avec Arm reste valide jusqu’en 2033. Qualcomm a ensuite lancé une autre procédure en 2024, accusant Arm d’avoir enfreint les obligations prévues par son ALA et son Technology License Agreement, ou TLA.
Le fabricant reproche notamment à Arm d’avoir retenu des outils de vérification d’architecture, des correctifs logiciels ainsi que des technologies de test et d’assistance pour les puces. Il invoque aussi une violation des clauses de la nation la plus favorisée : ses tarifs ne devraient pas dépasser d’environ 10 % les prix comparables les plus bas pratiqués par Arm.
Qualcomm accuse également Arm d’avoir compromis un projet de puce avec Meta Platforms. Une lettre de 2024 menaçant de résilier son ALA aurait été divulguée, ou laissée accessible, avec un préjudice revendiqué de plusieurs centaines de millions de dollars. Le groupe conteste enfin les redevances réclamées pour la future architecture Arm v10, jugées excessives.
Alibaba montre le potentiel, mais pas encore l’écosystème
Le constat du tribunal ne signifie pas que l’architecture ouverte soit techniquement inactive. En mars 2026, Alibaba a présenté le XuanTie C950, un processeur RISC-V 64 bits de classe serveur destiné à l’IA en périphérie. Gravé en 5 nm par TSMC, il rassemble 64 cœurs sur une seule puce et peut atteindre 3,20 GHz.
Son organisation repose sur des groupes de huit cœurs reliés par des interconnexions AMBA CHI à haut débit. Des moteurs d’accélération matricielle et vectorielle sont directement intégrés afin de traiter les charges d’IA sans dépendre d’un GPU, contrairement à de nombreux ASIC spécialisés.
Cette réalisation illustre les progrès du matériel, mais elle ne résout pas le principal obstacle : l’écosystème. Outils de développement, logiciels certifiés, systèmes d’exploitation, assistance et validation à grande échelle restent structurés autour d’Arm et de x86. Dans les serveurs d’entreprise, une architecture ne s’impose pas uniquement par ses performances ou son ouverture, mais par sa capacité à remplacer une chaîne logicielle et industrielle complète sans introduire de risque opérationnel.
RISC-V peut donc peser sur les négociations futures d’Arm sans constituer encore une solution de repli crédible pour Qualcomm ou les grands opérateurs de centres de données. Le XuanTie C950 confirme que l’écart matériel se réduit, tandis que l’audience du Delaware rappelle que la maturité commerciale se mesure surtout au déploiement, au support et à la disponibilité immédiate.
Source : Wccftech