
Les studios investissent dans l’automatisation au moment même où leurs équipes doutent de son intérêt. Le décalage est brutal : près de deux tiers des professionnels interrogés estiment que ces outils abîment l’inventivité du secteur.
Le Skillsearch 2026 Games & Immersive Salary Report dresse un tableau cohérent, mais peu rassurant, de l’industrie. Entre adoption accélérée des outils génératifs, faible encadrement éthique et marché de l’emploi sous tension, le rapport met surtout en lumière une défiance de fond chez les salariés.
IA jeux vidéo : un rejet net sur le terrain

Parmi les répondants, issus aussi bien du management, des RH et des opérations que de l’art, de la programmation, du design ou de l’écriture, 64 % estiment que l’IA a un impact négatif sur la créativité dans le jeu vidéo. Dans le même temps, 52 % indiquent qu’eux-mêmes ou leur entreprise ont déjà commencé à utiliser des outils d’IA dans leurs workflows.
Le contraste est d’autant plus marqué que les grands studios du secteur misent largement sur ces technologies. Pourtant, seuls 29 % des répondants travaillent dans des entreprises disposant de politiques ou de lignes directrices sur l’usage éthique de l’IA.
Des outils déjà présents, mais rarement encadrés

Le rapport ne décrit donc pas un rejet de principe, mais une adoption qui avance plus vite que sa gouvernance. Autrement dit, l’industrie intègre l’IA avant d’avoir fixé les garde-fous qui devraient accompagner son déploiement.
Un marché de l’emploi toujours fragilisé
Sur le front du recrutement, les écarts sont marqués, en partie parce que l’enquête couvre plusieurs pays. Chez les diplômés sans cursus spécialisé jeu vidéo, 56 % ont mis plus d’un an à trouver un poste dans l’industrie. Même avec un diplôme lié au jeu vidéo, 25 % disent avoir attendu plus d’un an, tandis que 27 % ont décroché un emploi avant même la fin de leurs études.
La vague de licenciements reste un facteur central. 65 % des répondants disent avoir été directement affectés par des suppressions de postes, ou avoir travaillé dans un studio touché par des licenciements. 22 % déclarent avoir été rendus redondants au cours des 12 derniers mois.

Parmi les personnes licenciées, 52 % se disent insatisfaites de leur package de départ. Seuls 45 % ont depuis retrouvé un emploi, et à peine 27 % de ces salariés se sentent en sécurité dans leur nouveau poste. 37 % des personnes licenciées sont restées au chômage pendant plus de sept mois.
Pour 2026, 45 % des studios citent les nouveaux jeux comme priorité principale. À l’inverse, les bureaux, les événements et le recrutement figurent parmi les priorités les moins fréquentes. Chez les répondants impliqués dans l’embauche, 33 % évoquent un processus de recrutement de deux à quatre semaines, et 33 % un délai de un à deux mois. Les difficultés les plus souvent citées portent sur les compétences et l’expérience, les prétentions salariales hors budget, ainsi que l’alignement des candidats avec la culture et les valeurs de l’entreprise.



Le point saillant du rapport est moins l’adoption de l’IA que le contexte dans lequel elle s’installe. Quand les équipes dénoncent déjà un affaiblissement créatif, que les règles éthiques restent minoritaires et que l’emploi demeure aussi instable, la technologie cesse d’apparaître comme un simple gain de productivité : elle devient aussi un révélateur du malaise structurel de l’industrie.
Source : TechPowerUp