
Apple était venu chercher une DRAM moins chère que celle de Samsung, SK hynix et Micron. Le groupe repart sans accord, CXMT préférant consacrer ses capacités encore limitées aux industriels chinois.
CXMT donne la priorité à la demande chinoise
Le fabricant aurait refusé la demande tarifaire d’Apple, mais aussi un client taïwanais du secteur des serveurs qui recherchait des puces DDR5. Dans ce second cas, un vice-président cité dans le rapport ne savait pas si cette décision résultait d’une pression gouvernementale, d’une politique interne ou d’un autre facteur.
L’explication avancée est plus directe : CXMT peine déjà à satisfaire ses clients locaux. L’entreprise ne souhaite donc ni accorder de remise à Apple, qui espérait obtenir de meilleurs prix qu’auprès de Micron, Samsung et SK hynix, ni détourner ses volumes disponibles vers l’exportation.
Cette stratégie s’inscrit dans un objectif d’autosuffisance chinoise en DRAM, d’après Wu Chin-jung, observateur de l’industrie des semi-conducteurs et ancien directeur général de Microdrive Technology. Les débouchés étrangers, pourtant lucratifs, passent après l’approvisionnement du marché intérieur.
Une autonomie en DRAM qui pourrait demander dix ans
CXMT fournit déjà des partenaires chinois comme Xiaomi. La source évoque notamment des livraisons de LPDDR6 destinées à son SoC interne XRING 03, présentées comme un signe de la progression technique du fabricant face aux trois leaders du secteur.
Le principal frein reste désormais la capacité de production. Huang Mao-yuan, du cabinet de recherche Asie-Pacifique Yole, estime que CXMT fait face à une demande locale considérable et que la couverture des besoins chinois en DRAM pourrait encore prendre une décennie. À terme, Huawei et Xiaomi pourraient réduire leur dépendance à Samsung et SK hynix.
Le groupe devrait ajouter plus de 100 000 wafers DRAM par mois sous un an. Cette montée en cadence doit d’abord absorber les commandes chinoises, ce qui laisse peu de marge pour répondre simultanément à Apple, aux fabricants de serveurs taïwanais et à d’autres clients internationaux.
La HBM reste le point faible technologique
Le retard est plus marqué sur la mémoire HBM, où CXMT se situerait deux générations derrière Samsung, SK hynix et Micron. Les restrictions américaines à l’exportation compliquent l’accès aux équipements de pointe, notamment aux machines EUV nécessaires pour soutenir les rendements et limiter les difficultés liées au packaging.
Les rendements constituent précisément l’obstacle critique. Un précédent rapport indiquait que près de 80 puces HBM3 sur 100 échouaient aux tests finaux, soit un rendement proche de 25 %. CXMT aurait alors réduit de 25 % son stock disponible de HBM.
Refuser Apple paraît coûteux à court terme, mais la décision révèle une contrainte industrielle autant qu’un choix politique. Tant que les volumes et les rendements resteront insuffisants, chaque wafer envoyé à l’étranger ralentira mécaniquement la substitution des mémoires importées sur le marché chinois.
Source : Tech News