
Les infrastructures d’intelligence artificielle resteront contraintes bien après la vague actuelle d’investissements. Pour Lip-Bu Tan, cette tension pourrait durer deux à trois ans, tandis que les financeurs réclameront des preuves concrètes de rentabilité.
La pénurie de hardware IA appelée à durer

Lors d’une conférence organisée par DBS Bank à Singapour le 12 octobre, le directeur général d’Intel a estimé que la chaîne d’approvisionnement continuerait de subir des contraintes persistantes. Plusieurs maillons restent sous pression, notamment les puces mémoire et les capacités de packaging avancé comme le CoWoS de TSMC.
Cette situation entretient la hausse des prix des composants et limite le rythme de déploiement des infrastructures. Lip-Bu Tan considère toutefois le capital disponible comme l’un des principaux freins à leur développement, au-delà des seules capacités industrielles.
Les agents IA renforcent le rôle des CPU
L’essor de l’IA agentique modifie aussi l’équilibre matériel des centres de données. Lors de la publication des résultats du deuxième trimestre d’Intel, Lip-Bu Tan indiquait que le ratio observé pour l’entraînement était passé de 8 GPU pour 1 CPU à 4:1, les processeurs généralistes prenant davantage d’importance dans ces charges.
Cette évolution a bénéficié à l’activité Data Center and AI d’Intel, dont le chiffre d’affaires a progressé de 59 % sur un an au deuxième trimestre. Elle constitue un levier notable pour le redressement du groupe, même si celui-ci reste exposé aux limites de capacité de l’ensemble de l’écosystème.
Le retour sur investissement devient décisif
Le dirigeant estime que la pérennité des investissements dépendra surtout de la capacité du secteur à démontrer un retour sur investissement. Les dépenses massives engagées dans les accélérateurs, les serveurs, les réseaux et l’énergie devront produire des gains mesurables pour maintenir l’intérêt des investisseurs à long terme.
Lip-Bu Tan a également évoqué les modèles d’IA chinois de pointe, dont le coût par token serait sensiblement inférieur. Il juge leurs performances satisfaisantes au regard de ce coût réduit, dans un contexte où l’adoption de ces modèles et des solutions open source progresse rapidement.
L’informatique quantique attendue d’ici trois à cinq ans
Le patron d’Intel se montre également optimiste sur l’informatique quantique, qu’il imagine entrer dans le courant dominant au cours des trois à cinq prochaines années. Il reste personnellement impliqué dans ce domaine par l’intermédiaire de sa société de capital-risque, notamment dans des entreprises travaillant sur le quantique photonique.
Son principal point de vigilance concerne toutefois les usages. L’identification d’applications réellement avantageuses demeure, à ses yeux, la condition essentielle d’une adoption à grande échelle.
La contrainte industrielle ne se résume donc plus au nombre de GPU disponibles. Mémoire, packaging, CPU, financement et consommation énergétique forment un même goulet d’étranglement, tandis que la pression sur la rentabilité pourrait progressivement départager les projets capables de passer à l’échelle de ceux reposant encore sur des promesses.
Source : Wccftech