
Près d’un dollar sur deux vendu à l’étranger provient désormais des semi-conducteurs. Cette concentration fait bondir les recettes du pays, sans entraîner dans son sillage des petites entreprises confrontées à une consommation en recul.
La mémoire IA propulse les ventes de puces à 56,44 milliards de dollars

Les chiffres publiés le 1er novembre par le ministère sud-coréen du Commerce, de l’Industrie et de l’Énergie donnent la mesure de l’accélération : les exportations ont atteint 115,28 milliards de dollars en octobre, en hausse de 93,7 % sur un an. Il s’agit du deuxième meilleur résultat mensuel jamais enregistré, derrière les 121,1 milliards de septembre.
Les semi-conducteurs représentent à eux seuls 56,44 milliards de dollars, soit une progression de 259,4 %, rapporte The JoongAng. Leur poids atteint ainsi 49 % des exportations. La demande des centres de données en mémoire contribue largement à cette envolée.
Dans ce contexte, les clients acceptent de payer d’importantes primes à des fabricants comme Samsung pour obtenir de la HBM et des livraisons dans les délais. L’accès à la mémoire destinée aux infrastructures d’IA devient ainsi un puissant moteur de recettes pour l’industrie sud-coréenne.
Sur les dix premiers mois de l’année, les exportations cumulées atteignent 930 milliards de dollars. Il ne manque donc plus que 70 milliards pour franchir le seuil des 1 000 milliards de dollars, que le ministre du Commerce estime pouvoir atteindre dès novembre. Seuls trois pays ont déjà dépassé ce cap.

La trajectoire présentée porte sur 31 ans entre le franchissement des 100 milliards de dollars en 1995 et celui attendu des 1 000 milliards en 2026. Le graphique historique situe les exportations à 125,1 milliards en 1995, puis à 709,3 milliards en 2025. À titre de comparaison, ce passage de 100 à 1 000 milliards a pris 13 ans à la Chine, 30 ans à l’Allemagne et 31 ans aux États-Unis.
Des records industriels qui ne relancent pas la consommation
Cette croissance reste très inégale selon les activités. Le graphique consacré aux principaux postes d’exportation fait apparaître une hausse de 496,6 % pour les ordinateurs, tandis que les navires reculent de 43,6 %. Le succès des composants ne décrit donc pas, à lui seul, la situation de l’ensemble de l’appareil productif.
Pour nombre de petites et moyennes entreprises, les ventes se dégradent. Au troisième trimestre, les ventes au détail ont baissé de 0,5 % sur un an : c’est leur premier recul en cinq trimestres et le plus marqué depuis le début de l’année précédente. L’emploi et la demande intérieure montrent eux aussi peu de signes de reprise.
Kim Jung-sik, professeur émérite à l’université Yonsei, souligne que la fabrication de puces mobilise beaucoup de technologie et de capitaux, mais entretient des liens limités avec les autres industries. Elle ne peut donc pas, à elle seule, relancer toute l’économie. Il plaide pour le développement de nouvelles activités créatrices d’emplois, parallèlement à une reprise de la demande intérieure.
Le poids atteint par les semi-conducteurs rend aussi les résultats commerciaux du pays plus dépendants des investissements dans les centres de données. Les primes consenties pour sécuriser la HBM soutiennent les revenus des fabricants ; elles ne constituent pas pour autant un mécanisme de redistribution vers les entreprises tournées vers le marché intérieur.
Source : Wccftech