
Des lignes destinées aux puces pour PC vont servir à renforcer la production de processeurs serveurs sur un procédé plus ancien. Ce changement de priorité industrielle intervient alors que l’action du fondeur a perdu environ 30 % vendredi, au lendemain de résultats très éloignés des perspectives présentées en juillet 2026.
Intel avait prévu la stabilité, le CCPG recule de 9 %
David Zinsner, directeur financier d’Intel, tablait en juillet sur un chiffre d’affaires global à peu près stable au troisième trimestre 2026. Pour le Client Computing and Physical AI Group (CCPG), il envisageait même une légère progression, portée par l’edge, tandis que l’activité client devait rester stable.
Le résultat publié jeudi est nettement moins favorable : le chiffre d’affaires du CCPG est passé de 8,9 milliards de dollars au deuxième trimestre à 8,1 milliards au troisième, soit un recul séquentiel d’environ 9 %. Les perturbations liées à la mémoire ont donc pesé bien davantage que ne le laissaient entendre les prévisions estivales.
L’écart se creuse encore pour le quatrième trimestre. Là où Zinsner évoquait en juillet un début de faiblesse du CCPG, Intel prévoit désormais une baisse de plus de 20 % des revenus liés aux PC par rapport au trimestre précédent, sur fond de perturbations touchant la mémoire et les substrats.
Ces écarts successifs fragilisent la crédibilité des projections financières du groupe. Ils posent aussi une question de visibilité industrielle : les contraintes d’approvisionnement et le ralentissement du PC modifient les besoins de production bien plus brutalement que prévu.
Des lignes prévues pour Panther Lake passent à Intel 3
Intel réaffecte ainsi une partie de ses lignes de production 18A dans l’Oregon au procédé Intel 3, afin de fournir davantage de Xeon 6, nom de code Granite Rapids. D’après les explications de David Zinsner rapportées par Wccftech, les wafers 18A concernés étaient initialement destinés à Panther Lake. La faiblesse de la demande PC a dégagé la marge nécessaire à ce changement.
Ces capacités supplémentaires en Intel 3 doivent entrer en service au second semestre 2027. Il ne s’agit donc pas d’une réponse immédiate aux tensions actuelles, mais d’un rééquilibrage de l’outil industriel en faveur des serveurs, au détriment d’une partie des moyens prévus pour le 18A.
Le débouché est considérable : Intel estime désormais que le marché adressable des CPU serveurs pourrait être multiplié par environ cinq, pour atteindre 400 milliards de dollars. Les goulets d’étranglement sur les substrats limitent toutefois sa capacité à profiter pleinement de cette expansion à court terme.
Le contraste avec TSMC est notable. Le fondeur taïwanais convertit de son côté une partie de ses capacités 5 nm en lignes 3 nm pour répondre à la demande à venir. Les deux entreprises ajustent leur production, mais Intel réserve ici davantage de moyens à un procédé plus ancien que celui initialement prévu.
Nova Lake doit aussi combler le manque dans le haut de gamme
Sur PC de bureau, Intel compte sur Nova Lake pour combler le trou de son catalogue haut de gamme. Le lancement doit se dérouler en plusieurs phases : les modèles à une seule tuile de calcul, jusqu’à 28 cœurs, arriveront en premier, suivis des versions à deux tuiles de calcul, jusqu’à 52 cœurs, dans la seconde partie de 2027.
Ces processeurs intégreront une nouvelle solution de cache BFC pour affronter les Ryzen X3D d’AMD. Le calendrier laisse donc encore du temps avant que l’ensemble de cette offre soit disponible, alors que l’activité PC subit déjà une contraction marquée.
La réaffectation vers Intel 3 répond à un besoin commercial précis, sans constituer à elle seule un abandon du 18A. Son intérêt dépendra toutefois de la demande lorsque les nouvelles capacités seront opérationnelles au second semestre 2027 : Intel engage aujourd’hui des moyens industriels sur un marché serveur porteur, mais avec un délai qui ne résout ni ses contraintes de substrats actuelles ni son manque de visibilité sur le PC.
Source : Wccftech