
Les fabricants chinois accélèrent leurs achats d’équipements de lithographie au moment même où Washington cherche à resserrer l’étau. Leur poids dans l’activité systèmes d’ASML est passé de 14 % à 23 % en un trimestre.
ASML Chine : une hausse rapide au troisième trimestre

ASML affiche pour son troisième trimestre 2026 un chiffre d’affaires brut de 11,7 milliards d’euros, une marge brute de 57,5 % et un bénéfice net de 5 milliards d’euros. La répartition géographique de ses ventes de systèmes confirme surtout la montée en puissance de la demande chinoise.
La Chine a représenté 23 % des ventes nettes de systèmes au T3 2026, contre 14 % au trimestre précédent. Taïwan reste le premier marché avec 32 %, juste devant la Corée du Sud à 31 %. Les États-Unis arrivent derrière la Chine avec 13 %.
CXMT et YMTC constituent trois ans de réserves
Cette progression serait principalement liée aux achats préventifs des industriels chinois de la mémoire et du stockage. CXMT et YMTC auraient sécurisé suffisamment de machines de lithographie DUV auprès d’ASML pour soutenir leurs plans d’expansion pendant les trois prochaines années, même en cas de rupture d’approvisionnement.
Les clients chinois sont déjà privés des systèmes EUV et dépendent donc des équipements DUV plus anciens. Ces derniers restent indispensables pour développer les capacités locales, notamment grâce au multipatterning, malgré des coûts et une complexité de production supérieurs à ceux des procédés reposant sur l’EUV.
Washington cible désormais les équipements DUV
Le gouvernement américain ferait pression sur les Pays-Bas afin d’obtenir un arrêt complet des exportations d’outils vers la Chine. Le projet de loi bipartisan Multilateral Alignment of Technology Controls on Hardware Act, ou MATCH Act, vise à contraindre les pays alliés à harmoniser leurs restrictions technologiques, y compris sur les anciennes machines DUV.
Une interdiction étendue réduirait presque à néant l’exposition commerciale d’ASML au marché chinois. À la lumière du T3 2026, près d’un quart de ses ventes de systèmes serait directement concerné, même si cette part ne correspond pas mécaniquement à un quart du chiffre d’affaires total du groupe.
Cette ruée crée un effet paradoxal : la perspective de sanctions stimule à court terme les commandes qu’elles cherchent précisément à empêcher. Pour ASML, le risque ne se limite pas à une baisse future des livraisons, car l’entreprise pourrait aussi perdre une partie de ses revenus récurrents de maintenance et de services sur un parc chinois appelé à rester exploité pendant plusieurs années.
Source : ASML