
Dix milliards de puces écoulées en trois mois par ses partenaires : le concepteur britannique franchit un seuil industriel tout en préparant un changement de métier. Avec ses propres processeurs destinés aux clients, il ne compte plus seulement percevoir des licences et des redevances.
Arm tire sa croissance des licences et des serveurs

Dans sa lettre aux actionnaires publiée le 4 novembre 2026, Arm (NASDAQ : ARM) présente un deuxième trimestre record pour son exercice fiscal 2027. Sur cette période close le 30 septembre 2026, le chiffre d’affaires atteint 1,44 milliard de dollars, en progression de 27 % sur un an.
Le trimestre précédent avait déjà marqué cette accélération, avec les revenus record d’Arm au premier trimestre FYE27 et une montée en puissance annoncée dans l’IA serveur.
Les licences et autres revenus représentent 773 millions de dollars, soit une hausse de 50 %. Ce poste précède généralement les redevances issues de la commercialisation des puces concernées, sans toutefois en garantir le calendrier ni le montant. Les redevances du trimestre atteignent, elles, 670 millions de dollars, avec un doublement de celles provenant des centres de données.
Pour la première fois, les partenaires déclarent avoir livré plus de 10 milliards de puces à architecture Arm en un trimestre, soit 1,5 milliard de plus qu’un an auparavant. L’entreprise revendique également un écosystème de plus de 30 millions de développeurs.

Arm distingue désormais deux activités partageant sa plateforme de calcul et son environnement logiciel : la propriété intellectuelle, où les partenaires augmentent leurs investissements et les volumes de silicium déployés, et la vente de ses propres puces. L’entreprise rattache leur croissance à l’augmentation des besoins de calcul et de leur complexité sous l’effet de l’IA.
AGI CPU : des commandes jusqu’en 2027, les livraisons approchent
Avec Arm AGI CPU, l’entreprise entend fournir directement à ses clients du silicium qu’elle conçoit. Elle se dit plus confiante qu’il y a 90 jours dans sa capacité à générer jusqu’à 2 milliards de dollars de chiffre d’affaires sur les exercices fiscaux 2027 et 2028 cumulés, grâce à des capacités d’approvisionnement supplémentaires et à la composition de sa clientèle.
Des commandes fermes ont été obtenues auprès de plusieurs clients et s’étendent sur l’année civile 2027. Les premières livraisons commerciales restent prévues pour le quatrième trimestre de l’exercice fiscal 2027. Oracle Cloud Infrastructure (OCI) prévoit pour sa part de proposer des instances AGI CPU en 2027.
Arm cite aussi des tests indépendants de Signal65 donnant à son AGI CPU environ deux fois les performances par rack d’un AMD EPYC 9755. Il s’agit bien d’une comparaison à l’échelle du rack, et non d’un résultat par processeur ; les conditions détaillées du test ne figurent pas dans cette présentation des résultats.
Les grands clouds dépasseraient 60 % de serveurs à architecture Arm
Chez les principaux hyperscalers, Arm indique que la part de ses architectures dans les serveurs a plus que triplé, passant de 15 % en 2024 à plus de 50 % en 2025. L’entreprise prévoit de dépasser 60 % à la fin de l’année civile 2026, portée par les déploiements d’AWS Graviton, Google Axion, Microsoft Cobalt et des plateformes NVIDIA. Ce périmètre reste celui des grands hyperscalers, pas celui de l’ensemble du marché des serveurs.

Amazon a récemment fait état d’engagements de revenus liés à Graviton multipliés par plus de 20 sur un an. Google décrit Axion comme un composant essentiel de son infrastructure d’IA, tandis que Microsoft souligne la forte adoption des CPU Cobalt. Chez NVIDIA, la plateforme CPU Vera destinée à l’IA agentique est désormais disponible de manière générale sur OCI et déployée en production chez OpenAI.
Pour ses partenaires concevant leurs propres puces, Arm a présenté Neoverse CSS N4. Cette plateforme permet de différencier les CPU, les fonctions réseau, la gestion d’infrastructure et la sécurité, avec des gains annoncés allant jusqu’à deux fois les performances par socket et 25 % de performances par watt supplémentaires face à la génération précédente.
L’architecture OpenShell récemment annoncée par NVIDIA illustre un autre débouché : des CPU à architecture Arm exécutent les charges d’IA, tandis que des DPU BlueField-4, eux aussi fondés sur Arm, assurent indépendamment la sécurité et l’isolation. Le fournisseur se retrouve ainsi des deux côtés de la frontière de confiance des systèmes d’IA agentique.
PC, mobile et automobile élargissent les débouchés
Les PC à architecture Arm représentent désormais environ 20 % des livraisons mondiales de PC, indique l’entreprise. Une nouvelle gamme de machines équipées de NVIDIA RTX Spark, également fondé sur Arm, étend sa présence dans l’IA locale, la création de contenu et le jeu sur PC.
Google a également présenté Googlebook, une nouvelle catégorie de portables conçus autour de l’IA et destinés à Gemini Intelligence. Arm constitue la plateforme de calcul principale de nombreux modèles de cette gamme.
Sur smartphone, Arm CSS for Mobile 2 annonce une hausse de 70 % des performances dans les charges d’IA agentique grâce à Arm Scalable Matrix Extension 2 (SME2), déjà adopté par des fabricants comme OPPO et vivo. Le Mali G2-Ultra NX, présenté comme le premier GPU d’Arm conçu nativement pour l’IA, promet jusqu’à quatre fois le nombre d’images par seconde à puissance soutenue identique. Xiaomi adopte cette technologie, tandis que des développeurs de jeux et moteurs majeurs intègrent Arm Neural Technology.
Les redevances de l’activité « Physical AI » progressent de 50 % sur un an, sous l’effet de la diffusion des systèmes avancés d’aide à la conduite et d’infodivertissement dans davantage de véhicules. Arm positionne Armv9 et Arm Zena CSS comme les bases de cette évolution, qui accroît les besoins en calcul, en contrôle temps réel, en sûreté et en sécurité à mesure que les véhicules gagnent en intelligence et en autonomie.
L’entreprise a aussi lancé Arm Total Design for Physical AI. Cette initiative réunit plus de 80 sociétés du calcul, du logiciel, des modèles d’IA et de l’intégration système pour accélérer le développement et le déploiement de ces systèmes.


Le passage à la vente de CPU place Arm dans une position plus délicate que celle d’un simple fournisseur de propriété intellectuelle : il doit servir les concepteurs de puces tout en proposant ses propres produits à leurs clients potentiels. Les premières livraisons d’AGI CPU permettront de juger cette nouvelle activité sur son exécution industrielle, au-delà des commandes annoncées. La croissance des licences reste, pour l’heure, le moteur le plus visible du trimestre.
Source : Arm