
Un processeur maison pouvait sembler accessoire chez NVIDIA il y a encore peu. Avec 20 milliards de dollars de ventes visés, soit environ 18,4 milliards d’euros à titre indicatif, le groupe pourrait pourtant s’imposer dès cette année parmi les plus gros fabricants de CPU du marché.
Vera CPU ouvre à NVIDIA un marché de 200 milliards de dollars
Plus tôt cette année, NVIDIA a commencé à proposer sa génération Vera en solution autonome, en dehors de ses plateformes accélérées classiques. La cible est claire : les hyperscalers et les fournisseurs cloud, avec un CPU présenté comme taillé pour l’ère de l’IA agentique.
Cette montée en puissance rappelle aussi à quel point l’écosystème Arm devient central dans les ambitions matérielles de NVIDIA, au point de peser directement sur la stratégie des serveurs IA. À ce sujet, les résultats 2026 d’Arm et son offensive vers des puces dédiées à l’intelligence artificielle éclairent utilement le terrain sur lequel Vera entend s’imposer.
D’après les propres estimations de l’entreprise, Vera CPU pourrait générer environ 20 milliards de dollars de chiffre d’affaires, pour un marché adressable total de 200 milliards de dollars. NVIDIA travaille déjà avec l’ensemble des grands hyperscalers pour fournir des racks intégrant Vera, à la fois pour leurs besoins internes et pour des offres destinées à des clients tiers.
Un niveau déjà comparable aux divisions datacenter d’Intel et AMD
Le point le plus frappant reste la comparaison avec les acteurs historiques du CPU serveur. Au premier trimestre 2026, le groupe DCAI d’Intel a généré environ 5,1 milliards de dollars de revenus, tandis qu’AMD a annoncé 5,8 milliards de dollars pour sa division Data Center.
Ces montants ne couvrent pas uniquement le CPU, puisqu’ils incluent aussi d’autres produits, notamment les GPU Instinct MI d’AMD et des solutions réseau. En annualisant grossièrement ces résultats sur quatre trimestres, sans hypothèse de croissance, Intel et AMD tourneraient chacun autour de 20 milliards de dollars sur leurs activités datacenter. NVIDIA viserait donc ce niveau avec Vera seul.
88 cœurs Armv9.2 et jusqu’à 1,5 To de LPDDR5X
Sur le plan technique, Vera embarque 88 cœurs custom Armv9.2 “Olympus” et 176 threads via un partitionnement physique des ressources. Ces cœurs prennent en charge le FP8 natif, ce qui permet d’exécuter directement certaines charges IA sur le CPU, avec une implémentation 6×128-bit SVE2.
La puce annonce aussi 1,2 To/s de bande passante mémoire et la prise en charge de jusqu’à 1,5 To de mémoire LPDDR5X au format SOCAMM2. NVIDIA évoque également une deuxième génération de Scalable Coherency Fabric offrant 3,4 To/s de bande passante bisectionnelle, avec une organisation sur un die monolithique unifié censée éviter les latences souvent associées aux architectures en chiplets.
Si ces projections se confirment, NVIDIA ne se contentera plus de dominer le GPU pour l’IA. Le groupe entrerait de plain-pied dans le trio de tête du CPU serveur, avec une approche où le processeur n’est plus un simple composant d’accompagnement, mais une pièce stratégique de son infrastructure complète.
Au-delà du CPU, la logique de NVIDIA reste celle d’un verrouillage complet de l’infrastructure IA, des puces jusqu’aux partenariats industriels et aux plateformes de calcul. C’est précisément ce que montre l’accord NVIDIA-CoreWeave autour de milliards de dollars et d’usines d’IA à très grande échelle, qui prolonge la même stratégie d’intégration verticale.
Source : TechPowerUp