
Le montage devait financer une implantation industrielle aux États-Unis tout en facilitant l’accès de SK hynix à des équipements américains pour la Chine. L’intervention du régulateur sud-coréen menace désormais cet équilibre.
Solidigm compte sur le Nasdaq pour financer son usine
Solidigm, filiale de SK hynix, envisage une introduction au Nasdaq dès 2027 afin de réunir les milliards nécessaires à la construction d’une usine de mémoire NAND aux États-Unis. Les revenus générés par le site de Dalian, en Chine, doivent également contribuer au financement du projet.
Cette implantation américaine s’inscrit dans une négociation plus large avec l’administration Trump. SK hynix cherche à obtenir l’autorisation d’exporter des équipements américains vers Dalian pour y poursuivre la production de NAND, malgré les restrictions technologiques visant la Chine.
Le groupe met en avant, en contrepartie, une capacité de production locale aux États-Unis et les emplois associés. Solidigm a aussi recruté Ballard Partners, un cabinet de lobbying dont le fondateur entretient une relation de longue date, estimée à 30 ans, avec Donald Trump.
Séoul redoute une double cotation
Lors d’un audit parlementaire tenu le 19 octobre, Lee Chan-jin, gouverneur du Financial Supervisory Service (FSS), a indiqué que son organisme et la Financial Services Commission (FSC) considéraient le projet de cotation comme potentiellement contraire aux règles encadrant les doubles cotations.
Le problème tient au statut de Solidigm : une entrée en Bourse de la filiale interviendrait alors que sa maison mère SK hynix est déjà cotée. Les détracteurs de ce type d’opération estiment qu’il peut transférer une partie de la valeur au détriment des actionnaires existants de la société mère.
Le FSS attend désormais l’interprétation officielle de la FSC, notamment pour déterminer si Solidigm devra déposer un document d’enregistrement de titres en Corée du Sud. Lee Chan-jin a précisé que le régulateur utiliserait les moyens à sa disposition et transmettrait ses préoccupations à SK hynix si un cadre approprié le permettait. Le Parti démocrate de Corée a lui aussi publiquement mis en garde contre l’opération.
Le projet américain et Dalian deviennent interdépendants
Un retard ou un blocage de l’introduction au Nasdaq compliquerait le financement de l’usine américaine. Par ricochet, SK hynix disposerait d’un argument moins convaincant pour obtenir de Washington l’autorisation d’expédier des équipements vers son site chinois.
Même en cas d’accord américain, des conditions strictes pourraient accompagner les licences : calendrier ferme, suivi régulier des investissements ou contrôle de l’affectation des revenus provenant de Dalian. À ce stade, cette autorisation n’est toutefois pas acquise.
La capacité réelle des autorités sud-coréennes à interrompre une cotation outre-Atlantique reste incertaine, la Bourse coréenne n’examinant pas les introductions réalisées à l’étranger. SK hynix affirme pour sa part qu’aucune décision définitive n’a été prise et étudie des financements internes comme externes. Le groupe disposerait d’environ 88 000 milliards de wons de trésorerie, soit 59,5 milliards de dollars, environ 55 milliards d’euros à titre indicatif.
Le dossier dépasse donc la seule cotation de Solidigm. Il lie financement privé, souveraineté industrielle américaine et maintien d’une production avancée en Chine, trois objectifs soumis à des autorités différentes et potentiellement contradictoires. Une solution de financement interne réduirait le risque réglementaire coréen, mais priverait aussi SK hynix d’un levier politique visible dans ses discussions avec Washington.
Source : Wccftech