
Le patron de SK Group met publiquement en garde contre une dérive rare dans l’industrie : des puces devenues trop chères pour le reste du marché. Derrière la poussée de l’IA, c’est tout l’équilibre économique du PC et du smartphone qui se tend.
SK hynix alerte sur une hausse de prix devenue problématique
Chey Tae-won, président de SK Group, a tenu des propos inhabituellement directs lors du Korea Chamber of Commerce and Industry Summer Forum, organisé à Jeju le 15 juillet. Il a qualifié les prix actuels des semi-conducteurs d’« anormalement élevés » et a évoqué un risque de « chipflation », autrement dit une inflation des produits finis provoquée par la hausse du coût des puces.

Son message est clair : l’offre doit augmenter, même au prix de marges plus faibles pour les fabricants de semi-conducteurs. D’après lui, les acteurs de l’IA peuvent absorber ces surcoûts, mais les fabricants de PC et de smartphones disposent d’une marge de manœuvre beaucoup plus limitée pour les répercuter sur le consommateur final.
Chey estime qu’une poursuite de cette hausse finirait par contracter le marché et ouvrirait la porte à de nouveaux entrants, un scénario qu’il juge défavorable à long terme pour l’industrie sud-coréenne. La pression est déjà visible : les difficultés d’approvisionnement chez Samsung, SK hynix et Micron ont poussé de grands OEM du PC à sécuriser des accords DRAM avec le chinois CXMT.
Une demande IA en forte hausse, une offre qui ne suit pas
Sur le front de la production, le tableau ne s’améliore pas à court terme. Chey prévoit une progression de 60 à 100 % de la demande en semi-conducteurs liés à l’IA l’an prochain, alors que la capacité des grands fournisseurs n’augmenterait pas de manière significative.
Il rappelle aussi que la demande liée à l’IA représente désormais plus de la moitié du marché total des semi-conducteurs. Dans ce contexte, il anticipe une hausse globale de la demande d’au moins 50 à 60 %, sans réponse équivalente côté offre. Il a résumé la situation en ces termes : « No company is significantly increasing supply next year; it’s so dire I don’t know if I should describe it as chaotic. »
Une implantation supplémentaire aux États-Unis à l’étude
D’après The Chosun Daily, Chey Tae-won a confirmé que SK hynix étudiait la construction d’une usine de semi-conducteurs aux États-Unis. Le groupe regarde actuellement plusieurs implantations possibles à l’échelle mondiale, avec une hiérarchisation fondée sur la rapidité d’exécution, l’ampleur du projet et sa faisabilité. Aucun site précis ni calendrier n’ont été avancés.
La perspective américaine s’inscrit aussi dans une montée en puissance plus large des acteurs coréens, déjà visible dans les investissements massifs de Samsung et SK hynix sur dix ans.
SK hynix a déjà engagé environ 4 milliards de dollars, soit autour de 3,7 milliards d’euros à titre indicatif, dans un site de R&D en packaging avancé et des lignes de production HBM à West Lafayette, dans l’Indiana. La construction a débuté en 2026 et l’entrée en service est attendue au second semestre 2028.
Si cette nouvelle capacité américaine se concrétise, elle ne réglera pas rapidement la tension sur les prix. En revanche, elle confirmerait un point devenu central : la mémoire n’est plus seulement un marché cyclique, c’est désormais un maillon stratégique de la chaîne IA, avec des effets directs sur les coûts des PC, des smartphones et des infrastructures.
Source : TechPowerUp