
L’essor de l’IA place désormais un fabricant de mémoire en position de négocier avec Washington. SK hynix entend exploiter davantage son site chinois afin de financer, en contrepartie, une nouvelle capacité NAND aux États-Unis.
SK hynix cherche une licence pour agrandir Dalian
D’après deux personnes proches du dossier citées par Reuters, Solidigm, la filiale américaine de SK hynix, souhaite occuper les espaces encore inutilisés de l’usine de Dalian, en Chine. Cette extension produirait de la mémoire flash NAND destinée aux SSD des centres de données dédiés à l’IA et au cloud.
Le projet nécessite toutefois une licence d’exportation américaine pour acheminer les équipements de fabrication vers la Chine. Son obtention reste incertaine, Washington cherchant depuis plusieurs années à limiter les capacités technologiques chinoises par des restrictions sur les machines de production.
Ces mesures ont notamment contraint ASML à réduire ses livraisons vers le pays. SMIC doit ainsi s’appuyer sur des équipements DUV plus anciens plutôt que sur la lithographie EUV, ce qui limite sa production au procédé 7 nm d’après la source.
Une capacité chinoise pour financer une implantation américaine
Solidigm aurait étudié plusieurs scénarios, dont une introduction en Bourse et la construction directe d’une usine NAND aux États-Unis. Cette dernière option réclamerait plusieurs milliards de dollars et des années de travaux. À court terme, Dalian apparaît donc comme la seule solution réellement exploitable.
L’argument soumis à l’administration américaine repose sur un échange industriel : autoriser l’installation d’équipements à Dalian permettrait à Solidigm de profiter du cycle favorable de la NAND, puis d’accumuler les fonds nécessaires à une usine aux États-Unis. Les prix de la mémoire flash NAND auraient progressé de 700 % depuis mi-2023, ce qui rend la fenêtre particulièrement attractive.
Washington pourrait assortir son feu vert de contrôles
Une autorisation pourrait être accompagnée d’audits trimestriels afin de vérifier que les revenus dégagés alimentent bien le projet américain. Solidigm et SK hynix pourraient également se voir imposer un calendrier pour constituer le financement puis lancer effectivement le site.
Le groupe dispose d’un autre argument : le cycle haussier de la mémoire pourrait être terminé lorsque l’usine américaine entrera en production. La Maison-Blanche devra donc arbitrer entre sa politique de contrôle technologique envers Pékin et la possibilité d’attirer rapidement des investissements, des capacités NAND et des emplois sur son territoire.
Cette négociation illustre le poids acquis par les fabricants de mémoire depuis l’explosion des besoins liés à l’IA. Pour SK hynix, la capacité disponible à Dalian constitue un moyen rapide de capter la demande, tandis que Washington peut tenter de convertir cette rentabilité chinoise en implantation industrielle américaine sans assouplir durablement son régime d’exportation.
Source : Wccftech