
Le chantier de Clay entre dans sa phase la plus concrète avec un premier coulage de béton lancé plus d’un trimestre avant le calendrier initial. En parallèle, Micron revoit nettement à la hausse son pari industriel américain, poussé par l’explosion de la demande mémoire liée à l’IA.
Micron porte son plan américain au-delà de 250 milliards de dollars
Le fabricant de mémoire prévoit désormais de dépenser plus de 250 milliards de dollars aux États-Unis d’ici 2035, soit environ 231 milliards d’euros à titre indicatif. L’objectif de long terme reste clair : produire 40 % de sa DRAM sur le sol américain, tout en augmentant le volume d’emplois directs et indirects liés à cette montée en puissance.
Micron précise aussi vouloir injecter jusqu’à 3 milliards de dollars supplémentaires, soit environ 2,8 milliards d’euros, dans l’écosystème domestique de la chaîne d’approvisionnement des semi-conducteurs afin de soutenir son empreinte industrielle américaine. Le groupe lie explicitement cette accélération à la demande croissante en mémoire de pointe dans l’ère de l’IA.
Le site de New York avance plus vite que prévu
Moins de six mois après le lancement officiel du chantier en janvier 2026, le site de Clay, dans l’État de New York, a bouclé ses premiers travaux structurants et passe à la construction verticale. Micron a retenu Bechtel pour l’ingénierie, l’approvisionnement et la construction du premier fab new-yorkais, aux côtés de Jacobs pour l’architecture et l’ingénierie de conception, et de Gilbane Building Company pour la préconstruction et les infrastructures de site.
À ce stade, environ 675 millions de dollars, soit près de 624 millions d’euros, ont déjà été orientés vers des entreprises, fournisseurs et sous-traitants basés dans l’État de New York. Cela représente plus de la moitié de la valeur totale attribuée jusqu’ici. Micron cite notamment Syracuse, Liverpool, Rome, Rochester, Watertown, Buffalo et Binghamton.
Plus de 80 % des travailleurs présents sur le site jusqu’à présent sont des résidents de l’État de New York. À pleine charge, la construction mobilisera des milliers de professionnels qualifiés, avec un impact direct attendu sur les métiers syndiqués, l’apprentissage, les programmes locaux de formation, les sous-traitants spécialisés et les fournisseurs.
Jusqu’à quatre fabs et 50 000 emplois à New York
Avec jusqu’à quatre fabs prévus sur le projet new-yorkais, Micron parle du plus gros investissement privé de l’histoire de l’État. L’ensemble devrait générer 50 000 emplois à New York, dont 9 000 postes directs chez Micron.
Le groupe rappelle aussi que son déploiement industriel américain ne se limite pas à New York. Dans l’Idaho, la sortie des premiers wafers est attendue mi-2027 pour le premier fab et fin 2028 pour le second. En Virginie, Micron a lancé plus tôt cette année la production initiale de sa DDR4 en technologie 1α, destinée aux marchés automobile, industriel, médical, aérospatial et défense, où les cycles de vie produits restent longs.
La bascule de Micron vers la production locale ne se limite pas aux usines géantes : le lancement de la DRAM 1α à Manassas montre déjà comment ce plan industriel se traduit sur des lignes bien réelles.
Une stratégie industrielle qui dépasse le seul effet d’annonce
En agrégeant New York, l’Idaho et la Virginie, Micron estime que ses projets soutiendront plus de 90 000 emplois. Le dossier s’inscrit aussi dans une logique politique et industrielle plus large, avec une aide fédérale rappelée à 6,1 milliards de dollars via le CHIPS Act, complétée par des crédits d’impôt à l’investissement.
Micron a par ailleurs engagé plus de 50 millions de dollars dans des priorités locales en Central New York, entre formation, STEM, logement, transports, garde d’enfants et initiatives pour les anciens combattants. Le groupe a aussi annoncé un programme de 250 millions de dollars autour des « Trump Accounts », avec un dépôt initial de 250 dollars pour les enfants éligibles dans les communautés où l’entreprise opère.
Pour le marché mémoire, ce calendrier compte autant que les montants. Si Micron tient sa trajectoire, les États-Unis pèseront beaucoup plus lourd dans la production mondiale de DRAM avancée, avec un enjeu qui dépasse la souveraineté industrielle : sécuriser l’approvisionnement en mémoire nécessaire aux serveurs IA, là où la pression sur les volumes et les marges continue de remodeler toute la filière.
Source : TechPowerUp