
Le groupe veut appliquer à l’informatique quantique la logique d’intégration qui a façonné l’industrie du silicium. En réunissant conception logicielle, qubits de spin et fabrication, il prépare une offre couvrant toute la chaîne technologique.
Intel Classiq, une pile quantique de bout en bout
Intel a conclu un accord définitif en vue d’acquérir Classiq, spécialiste des logiciels de calcul quantique. Le montant de l’opération n’a pas été communiqué. Sous réserve des autorisations réglementaires et des conditions habituelles, sa finalisation est prévue au premier semestre 2027.
L’objectif est d’associer la plateforme de synthèse de Classiq aux qubits de spin sur silicium, aux logiciels quantiques et au savoir-faire industriel d’Intel. Le groupe entend ainsi devenir un fournisseur de solutions quantiques complètes et ajouter des Quantum Processing Units (QPU) à un portefeuille qui comprend déjà CPU, GPU et ASIC.
Classiq automatise la synthèse d’algorithmes quantiques à partir de descriptions de haut niveau. Sa plateforme reste indépendante du type de qubit et du matériel ciblé, ce qui évite de concevoir manuellement chaque circuit pour une architecture particulière. Intel compare cette abstraction au rôle joué, il y a plus de quarante ans, par l’Electronic Design Automation (EDA) et la conception assistée par ordinateur (CAD) dans l’essor des semi-conducteurs classiques.
Des qubits sur silicium adossés à la production d’Intel
Intel investit dans l’informatique quantique depuis 2015. L’entreprise affirme être la seule capable de produire à grande échelle des puces de qubits et des électroniques de contrôle cryogéniques complexes avec des équipements et procédés issus de la fabrication conventionnelle de semi-conducteurs sur silicium.
Pour Lip-Bu Tan, directeur général d’Intel, l’arrivée de Nir Minerbi, Yehuda, Amir et de l’ensemble des équipes de Classiq doit transformer la division Quantum Computing Group en activité quantique complète. Le dirigeant met en avant plus d’une décennie de travaux mêlant innovation dans les semi-conducteurs, fabrication avancée et ingénierie système autour des qubits de spin évolutifs.
La stratégie quantique d’Intel ne se limite toutefois pas aux qubits de spin, comme l’illustre l’exploration du quantique photonique par Intel menée parallèlement aux travaux logiciels et industriels.
Nir Minerbi, cofondateur et directeur général de Classiq, estime pour sa part que cette combinaison permettra aux développeurs, chercheurs et entreprises de créer des applications quantiques évolutives sans expertise approfondie dans la conception de circuits. L’enjeu consiste à rapprocher la programmation quantique des méthodes de développement industrielles plutôt que de la réserver à des circuits réalisés sur mesure.
Une plateforme maintenue ouverte aux autres matériels
Après la clôture de l’opération, Intel prévoit de conserver les intégrations multiplateformes existantes de Classiq. Le logiciel doit rester indépendant des modalités de qubits et des constructeurs afin de préserver un écosystème quantique ouvert et collaboratif. D’ici là, les deux sociétés continueront de fonctionner séparément et de manière indépendante.
Le principal intérêt industriel de ce rachat tient moins à l’ajout immédiat d’un QPU au catalogue qu’à la maîtrise de l’interface entre algorithmes, compilation, contrôle cryogénique et fabrication. En maintenant Classiq compatible avec plusieurs architectures, Intel peut installer sa couche logicielle avant que le marché n’ait désigné une technologie de qubit dominante, tout en préparant un chemin privilégié vers ses propres composants sur silicium.
Source : Intel