
Huit poids lourds de la tech étudieraient la prochaine génération de gravure d’Intel, alors qu’aucun client de référence n’a encore signé. Pour Intel Foundry, cette phase d’évaluation peut ouvrir une alternative crédible à TSMC, ou laisser le groupe seul face à des investissements colossaux.
Intel 14A intéresserait huit clients potentiels
Dans une note d’investissement, Piper Sandler affirme qu’Amazon, Apple, AMD, Google, Tesla, Microsoft, NVIDIA et Qualcomm évaluent le procédé Intel 14A. La banque adopte une lecture constructive du dossier et estime que les indicateurs techniques progressent mieux qu’attendu.
Une précédente vague d’informations évoquait déjà les évaluations du nœud 14A par NVIDIA et AMD, tandis qu’Apple s’intéressait surtout à l’interconnexion EMIB d’Intel.
Cette liste ne constitue toutefois ni un carnet de commandes ni la confirmation d’un tape-out. Intel ne dispose toujours pas d’un client d’ancrage annoncé pour cette technologie de classe 1,4 nm, déterminant pour justifier l’extension de ses capacités de production.
Une densité de défauts attendue entre 0,1 et 0,2
Le nœud aurait atteint une densité de défauts D0 de 0,5 en juin 2026. Intel viserait désormais une valeur comprise entre 0,1 et 0,2 au premier trimestre 2027. Cet indicateur mesure le nombre moyen de défauts microscopiques par unité de surface d’un wafer et conditionne directement le rendement industriel.
David Zinsner, directeur financier d’Intel, a récemment déclaré que le 14A progressait au rythme le plus rapide observé dans l’entreprise depuis le procédé 22 nm de 2012. Intel prévoit une production à risque au deuxième trimestre 2027, puis une fabrication en volume au premier trimestre 2028.
PowerDirect et RibbonFET 2 au cœur du procédé
Intel 14A doit introduire PowerDirect, une alimentation électrique par l’arrière du wafer. Contrairement à PowerVia, le câblage d’alimentation serait entièrement déplacé au dos du silicium, libérant la face avant pour les signaux de données afin de réduire la résistance électrique et d’améliorer la densité.
Le procédé doit également employer les transistors RibbonFET 2 et la deuxième génération de l’architecture Gate-All-Around. L’objectif est de renforcer le contrôle électrostatique de transistors toujours plus petits, avec davantage de courant de commande et moins de fuites.
L’intérêt prêté à ces huit entreprises s’inscrit dans un contexte tendu. Les capacités de TSMC seraient largement contraintes jusqu’en 2028, tandis que les pressions politiques américaines en faveur d’une production locale renforcent l’attrait d’Intel. Avec Samsung, le fondeur américain figure parmi les rares solutions capables de proposer une technologie avancée hors de l’écosystème taïwanais.
Une levée de fonds qui alimente les spéculations
Intel a émis de nouvelles actions en août afin de lever environ 15 milliards de dollars, soit près de 13 milliards d’euros à titre indicatif. L’opération aurait ensuite été portée à 20 milliards de dollars, environ 17 milliards d’euros, afin de financer des opportunités de croissance tout en préservant le bilan et la notation investment grade du groupe.
Lip-Bu Tan a pourtant répété qu’une extension significative d’Intel Foundry ne serait validée qu’après la signature de contrats fermes pour le 14A. La société disposerait déjà d’environ 30 milliards de dollars de trésorerie, soit près de 26 milliards d’euros, ce qui nourrit l’hypothèse d’une levée directement liée à de futures capacités industrielles.
La structure du bâtiment de la Fab 62 est presque achevée. Son équipement nécessiterait environ 10 milliards de dollars, soit près de 8,6 milliards d’euros, pour créer une capacité d’environ 20 000 wafers par mois sur le 14A. Les fonds récemment levés suffiraient donc à couvrir l’intégralité de cet investissement potentiel.
Le véritable signal restera la conversion de ces évaluations en contrats et en volumes. Les caractéristiques techniques peuvent placer Intel dans la course, mais les clients jugeront surtout les rendements, les coûts, la maturité des outils de conception et la régularité des délais. Un premier engagement majeur changerait alors la trajectoire d’Intel Foundry bien davantage que la seule présence de grands noms dans une phase de test.
Source : Wccftech