
Apple cherche à ouvrir une porte que Washington avait précisément refermée. En toile de fond, la pénurie de DRAM pousse même les acteurs les plus puissants à regarder vers un fournisseur chinois placé sous sanctions.
Apple CXMT, un dossier sensible pour sécuriser la mémoire
D’après le Financial Times, Apple négocie avec l’administration américaine afin d’obtenir l’autorisation d’utiliser la mémoire de CXMT, fabricant chinois auparavant inscrit sur une liste de sanctions. Ce classement empêche en principe les entreprises américaines d’acheter ses produits, dont la DRAM, devenue particulièrement recherchée dans le contexte actuel.
La logique industrielle est limpide. Les trois poids lourds du secteur, Samsung, SK hynix et Micron, augmentent bien leurs capacités, mais pas à un rythme jugé suffisant pour détendre réellement le marché. Pour les fabricants d’électronique, l’arrivée d’une source supplémentaire pourrait améliorer les prix, renforcer les volumes disponibles et fluidifier les expéditions de produits.
Avant de juger l’ouverture d’Apple au seul prisme diplomatique, il faut aussi regarder comment les grands acheteurs testent déjà d’autres chaînes d’approvisionnement, comme le montre la piste CXMT évaluée par plusieurs OEM face aux pénuries.
DDR5 et LPDDR5X déjà en production, mais une capacité encore sous pression
CXMT affirme pouvoir produire les générations récentes de mémoire, avec de la DDR5 et de la LPDDR5X. Fin 2024, l’entreprise a présenté des modules DDR5-8000 et LPDDR5X-10667 déjà en production de masse. La LPDDR5X est proposée en capacités 12 Gb et 16 Gb, tandis que la DDR5 monte à 16 Gb et 24 Gb.
Le vrai verrou n’est donc pas uniquement politique. Même avec un feu vert américain, CXMT pourrait ne pas être en mesure de servir d’abord son marché domestique chinois, puis les volumes qu’exigerait Apple. SemiAnalysis estime que l’entreprise pourrait dépasser 50 milliards de dollars de revenus d’ici 2026, soit environ 46 milliards d’euros au cours actuel, un niveau qui illustre surtout la vigueur de la demande locale et la rapidité avec laquelle ses wafers trouvent preneur.
Un scénario déjà évoqué pour l’iPhone 18 et les Mac
Plus tôt cette année, des médias chinois indiquaient déjà qu’Apple envisageait de travailler avec CXMT pour la DRAM et YMTC pour la NAND Flash. Les produits visés seraient la future gamme iPhone 18, mais aussi certains MacBook et Mac.
Le cas de YMTC n’est pas anodin non plus. Le groupe produit désormais de la mémoire 3D NAND de cinquième génération, ce qui pourrait donner à Apple une marge supplémentaire sur un composant stratégique. Si ce double rapprochement se confirmait, il marquerait une évolution très concrète de la chaîne d’approvisionnement d’Apple dans la mémoire.
Au-delà du seul cas Apple, ce dossier montre à quel point la pression sur la mémoire rebat les lignes entre stratégie industrielle et politique commerciale. Quand même un acteur de cette taille cherche une dérogation pour accéder à de nouvelles capacités DRAM, c’est tout le déséquilibre du marché qui apparaît au grand jour.
Source : TechPowerUp