
Invité par CNN à l’approche des 50 ans d’Apple, Steve Wozniak a livré un regard nettement plus réservé que la doxa de la Silicon Valley sur l’IA générative. Le cofondateur d’Apple dit l’utiliser rarement et en ressortir « très souvent déçu », jugeant les réponses trop propres, trop longues, et surtout à côté du point clé qu’il cherche lorsqu’il pose une question précise.
« J’ai un mot-clé en tête, une direction centrale. L’IA me renvoie un exposé bien structuré, apparemment pertinent, mais pas ce que je veux réellement savoir », explique Wozniak. Il regrette des textes « trop parfaits » et sans « chaleur humaine », signe d’un décalage persistant entre la fluidité des modèles et l’intention fine de l’utilisateur.
Scepticisme mesuré sur les promesses de substitution
Interrogé sur la capacité de l’IA à progresser jusqu’à remplacer l’humain dans certaines dimensions, Wozniak rappelle que toute technologie s’améliore, mais estime n’avoir vu « aucun signe » prouvant que nous comprenions suffisamment le cerveau pour doter les systèmes de qualités humaines telles que l’empathie, l’altruisme ou l’intention morale. Il concède toutefois qu’en technologie, rien n’est jamais définitivement exclu et qu’un jour l’IA pourrait « vous comprendre comme une autre personne ».
Cette prudence contraste avec le discours très expansif d’une partie des dirigeants du secteur. Sundar Pichai (Google) voit dans l’IA un changement plus profond qu’Internet. Tim Cook et Ben Horowitz s’inscrivent dans une trajectoire similaire, tout comme Satya Nadella qui compare l’irruption de ChatGPT à un passage du vélo à la machine à vapeur. Bill Gates aligne l’IA sur les ruptures microprocesseur, PC, Internet et smartphone, quand Marc Andreessen prophétise que « l’IA sauvera le monde ».
Une controverse entretenue par les positions tranchées
Face aux critiques, d’autres voix dénoncent un procès à charge. Mustafa Suleyman, aujourd’hui à la tête de l’IA chez Microsoft, qualifie les attaques publiques contre la technologie de « choquantes ». Jensen Huang (NVIDIA) juge que cette negativité nuit à la société, et Nadella appelle à dépasser les procès d’intention. Dans ce paysage tendu, Wozniak se distingue par un diagnostic plus concret d’utilisateur exigeant plutôt que par une posture doctrinale.
Le décalage pointé par Wozniak rappelle un angle mort persistant des grands modèles de langage : la précision intentionnelle et la hiérarchisation correcte de l’information au service d’une requête experte. Sans percées nettes sur l’alignement fin, la compréhension de contexte à haute densité et l’explicitation des choix de réponse, la promesse d’outils vraiment utiles pour les utilisateurs avancés restera bridée malgré des progrès visibles sur la fluidité et la couverture thématique.
Source : ITHome