
SoftBank a porté ses engagements envers OpenAI à plus de 60 milliards de dollars, selon Bloomberg. En interne, plusieurs cadres s’alarment d’une exposition jugée excessive et d’une confiance « quasi idolâtre » de Masayoshi Son envers Sam Altman, alors que le concurrent Anthropic multiplie les avancées et que les risques commerciaux, réputationnels et juridiques autour d’OpenAI restent présents.
Une mise quasi unilatérale sur OpenAI
SoftBank a cédé divers actifs, dont des actions Nvidia, et n’a pas investi dans d’autres modèles concurrents, renforçant sa dépendance à OpenAI. Cette concentration rappelle à certains le précédent WeWork, où le groupe avait tardé à reconnaître les signaux de risque, au prix de plus de 14 milliards de dollars de dépréciations.

Officiellement, SoftBank dit conserver une « haute confiance » dans OpenAI et sa direction, parlant de partenariat stratégique « solide ». OpenAI renvoie l’ascenseur en qualifiant la relation de l’une des plus étroites qu’elle entretient. Comptablement, la hausse de valorisation d’OpenAI a porté le bénéfice annuel de SoftBank à un record de 5 000 milliards de yens (environ 32 milliards de dollars).

Masayoshi Son vise au-delà du rendement immédiat et s’aligne sur l’ambition d’AGI. Le directeur financier Yoshimitsu Goto assume une trajectoire à 30 ans et exclut, à ce stade, toute couverture via Anthropic ou d’autres acteurs. Cette absence de hedge divise, d’autant que SoftBank ne détient ni siège ni même statut d’observateur au conseil d’OpenAI malgré plus de 10 % du capital, une gouvernance déjà particulière héritée de l’ancienne structure non lucrative.
Concurrence, valorisations et ligne de crédit réduite
La fenêtre d’IPO d’OpenAI, évoquée dès cette année, s’ouvre dans un paysage plus disputé. Anthropic, avec Claude et le nouveau modèle Mythos, revendique des capacités offensives en cybersécurité, tandis que Google pousse Gemini sur le raisonnement scientifique. Anthropic étudierait des offres portant sa valorisation potentielle à plus de 900 milliards de dollars, ce qui remettrait en cause la primauté perçue d’OpenAI.
Ce basculement n’est pas sans rappeler la manière dont certains partenaires d’OpenAI cherchent déjà à reprendre la main sur leur exposition, à commencer par Microsoft, qui veut des modèles IA maison pour réduire sa dépendance à OpenAI. Dans ce genre de dossier, la question n’est pas seulement celle du financement, mais de l’influence réelle sur la trajectoire technologique.
Le marché sanctionne l’incertitude: après un pic historique en octobre, l’action SoftBank recule de plus de 20 %. S&P a abaissé la perspective du groupe en mars, pointant le risque de liquidité lié au pari massif sur OpenAI. Début mai, SoftBank a réduit un projet de marge de 10 milliards de dollars adossé à ses parts OpenAI face à l’hésitation de certains créanciers.
Dans ce climat, chaque annonce sur les moyens alloués à OpenAI prend une autre dimension, surtout quand des acteurs comme Nvidia entrerait au capital d’OpenAI : un réalignement stratégique majeur viennent brouiller encore davantage la lecture du rapport de force. Le marché n’y voit pas seulement un pari industriel, mais une chaîne de dépendances de plus en plus difficile à équilibrer.
En interne, le départ ces dernières années d’administrateurs externes réputés indépendants a, selon plusieurs témoins, amoindri la contestation stratégique. Des voix s’inquiètent d’une fascination récurrente de Son pour des fondateurs charismatiques et d’un goût pour l’expansion agressive difficilement « arbitrable » quand il s’agit d’un pari de vision, comme l’AGI.
Influence limitée, ambitions intactes
OpenAI constitue, avec Arm (dont SoftBank détient environ 90 %), l’un des piliers actuels du portefeuille. L’empreinte d’OpenAI dans Vision Fund 2 explique l’essentiel du gain d’investissement du dernier exercice, mais la capacité d’influence de SoftBank sur la gouvernance d’OpenAI reste ténue. Ni Microsoft ni Amazon n’ont de siège au board non plus, reflet d’un montage pensé pour limiter le contrôle externe.
Pour les soutiens de Son, le parallèle avec Alibaba demeure: une conviction précoce payante peut redessiner un groupe. Pour ses critiques, l’analogie est trompeuse: l’IA générative n’offrira pas nécessairement un « Alibaba bis » capable, seul, de porter deux décennies de performance. Entre quête d’un second acte et regrets d’avoir manqué la première vague IA, Son pousse un jet stratégique qui se mesure désormais à la vitesse de progrès des modèles concurrents et à la patience des marchés.

Si OpenAI valide une IPO à la valorisation espérée, SoftBank retrouvera un levier financier et narratif majeur. À l’inverse, l’absence de diversification sur le front des modèles pourrait renforcer la volatilité bilancielle et la pression des agences. L’équation se jouera autant sur la courbe d’exécution technique d’OpenAI que sur la capacité de SoftBank à regagner des marges de manœuvre capitalistiques sans diluer son pari central.
Source : ITHome