
Selon le Financial Times, Hugging Face a décliné fin 2024 une proposition d’investissement de 500 millions de dollars de Nvidia, qui aurait propulsé sa valorisation à 7 milliards. Le motif avancé par la start-up: éviter un investisseur dominant susceptible d’infléchir sa gouvernance.
La plateforme revendique 13 millions d’utilisateurs et l’hébergement de 2,5 millions de modèles publics et plus de 700 000 jeux de données. La popularité d’un modèle sur Hugging Face est devenue un indicateur rapide d’adoption par les développeurs, y compris pour des acteurs chinois comme DeepSeek ou Alibaba, qui y trouvent un vecteur de diffusion globale.
Cap sur l’ouverture, loin des modèles fermés
À rebours d’OpenAI, Google ou Anthropic qui monétisent l’accès à des modèles propriétaires, Hugging Face pousse les alternatives ouvertes et gratuites pour les développeurs. « Les modèles open source démocratisent l’IA et luttent contre la concentration du pouvoir », martèle Clément Delangue, cofondateur et CEO.
Le groupe a choisi un modèle freemium: environ 3 % des clients, principalement des grandes entreprises, paient pour des fonctions avancées comme davantage de stockage ou des dépôts privés. Delangue assure que la société a été rentable sur l’exercice 2025, avec une perte ponctuelle au premier trimestre liée à des investissements dans les datasets. Sur les 400 millions de dollars levés, environ la moitié resterait en trésorerie; la valorisation a atteint 4,5 milliards en 2023.
Stratégie produit et organisation distribuée
Hugging Face a cessé de financer des grands modèles maison après BLOOM en 2022, pour réduire les coûts et éviter de concurrencer les projets hébergés. L’entreprise réalloue ses moyens vers la robotique, les jeux de données et la recherche, avec le rachat discret de Pollen l’an dernier.
L’organisation reflète cette philosophie décentralisée: télétravail en priorité, bureaux aux États-Unis, au Royaume-Uni, en France et en Suisse, et une communication ouverte qui contraste avec les politiques de confidentialité strictes des grands groupes. Cette visibilité attire les offres de poaching et n’empêche pas des départs récents, certains ex-salariés pointant un décalage entre leurs missions et l’évolution rapide des priorités.
Salaires, mission et dynamique de l’écosystème
Les rémunérations des chercheurs s’échelonnent généralement entre 100 000 et 200 000 dollars annuels (environ 92 000 à 184 000 €), nettement inférieures aux packages millionnaires proposés par les GAFAM, mais conformes aux standards start-up. En contrepartie, la direction met en avant une mission explicite: contrer l’hégémonie des modèles fermés et laisser aux chercheurs la liberté de leurs sujets.
Pour Thomas Wolf, cofondateur et Chief Science Officer, la montée en puissance de DeepSeek valide l’approche: « L’open source n’est pas une voie de seconde classe; il peut être très impressionnant. » Cette traction renforce la position de Hugging Face comme place de marché de facto des briques IA ouvertes.
Le refus du ticket Nvidia s’inscrit dans une logique de neutralité d’infrastructure. En restant indépendant d’un fournisseur de GPU, Hugging Face préserve sa crédibilité auprès des communautés et des partenaires cloud concurrents de Nvidia. À moyen terme, ce positionnement peut peser sur la répartition des budgets IA: il consolide un canal de distribution des modèles ouverts, impose des métriques d’adoption publiques et maintient une pression concurrentielle sur les offres fermées, y compris sur les prix d’inférence et les stratégies d’optimisation matérielle.
Source : ITHome