
Secousse dans la microélectronique : Wei-Jen Lo, ex-vice-président senior de TSMC, a rejoint Intel comme vice‑président R&D fin octobre, selon Liberty Times cité par TrendForce. Le timing fait grincer des dents, alors que TSMC enquête sur de possibles transferts d’informations liées aux procédés de pointe sous 2 nm.
Soupçons de fuite chez TSMC après le départ de Wei-Jen Lo vers Intel
D’après les médias taïwanais, Lo aurait demandé avant son départ des briefings et des copies de documents internes couvrant le 2 nm, A16, A14 et d’autres technologies de prochaine génération. À l’époque, ces requêtes semblaient banales pour un dirigeant de ce rang, mais TSMC examine désormais le dossier et n’exclut pas d’agir. Le cadre légal pourrait même s’élargir : l’affaire pourrait être scrutée au titre de la sécurité nationale si les allégations se confirmaient.
Le contexte est sensible. Il s’agirait du deuxième incident majeur touchant le 2 nm de TSMC en quelques mois. Le 27 août, trois ingénieurs ont été inculpés pour vol de fichiers clés liés au développement 2 nm, avec des peines de 7 à 14 ans requises. En parallèle, Intel pousse son nœud 18A en production de masse cette année et vise la 14A en 2027, tandis que TSMC prévoit l’A16 au second semestre 2026.
Le profil de Lo pèse lourd : 21 ans chez TSMC, un rôle central dans la construction du portefeuille technologique, plus de 1 500 brevets accumulés par son équipe, dont environ 1 000 aux États‑Unis, et la confiance du fondateur Morris Chang. Il a conservé son poste jusqu’à 75 ans, au‑delà de l’âge de retraite habituel de 67 ans chez TSMC.
Selon Liberty Times, sa mission chez Intel couvrirait la supervision des équipements avancés et du développement de modules, de la R&D à la pré‑production, un périmètre intimement lié à l’amélioration des rendements. Reste une zone grise : Lo était‑il soumis à la clause de non‑concurrence de 18 mois en usage chez TSMC ? Certaines sources affirment qu’il pourrait ne pas l’avoir signée.
Poursuites, perquisitions et gel d’actifs
TSMC a saisi le tribunal de la propriété intellectuelle et du commerce à Taïwan, estimant qu’« il y a une forte probabilité » que Lo utilise ou transfère des informations confidentielles, d’après Reuters. Intel, de son côté, dément les accusations et assure soutenir son nouveau cadre.
L’enquête s’est accélérée : les enquêteurs taïwanais ont perquisitionné les domiciles de Lo, saisissant ordinateurs et supports amovibles. Un tribunal a validé la saisie de ses actions et biens immobiliers. Les autorités ont gelé plus de 2 milliards de dollars NT, dont 1,8 milliard en actions TSMC, selon China Times.
À ce stade, rien n’est tranché. Mais si les faits étaient avérés, l’affaire redéfinirait les lignes de fracture entre fondeurs au moment où chacun verrouille ses feuilles de route sous‑2 nm.
Source : TechPowerUp