
Le fournisseur de puces était aussi devenu un concurrent direct, avec un rapport de force commercial presque impossible à contourner. Brendon Ray Hedrick, ancien chef de produit chez EVGA, décrit aujourd’hui les mécanismes qui ont progressivement fragilisé l’activité GeForce de la marque.
EVGA concurrencé par son propre fournisseur

Les premières inquiétudes internes remontent au lancement des cartes Pascal Founders Edition, en 2016. EVGA commercialisait jusque-là les designs de référence de NVIDIA sous sa propre marque. Avec cette génération, NVIDIA a commencé à promouvoir beaucoup plus directement ses cartes complètes auprès des mêmes clients.
La GTX 1080 Founders Edition était pourtant proposée plus cher que le tarif de départ annoncé pour les modèles partenaires. Le problème dépassait donc la seule question du prix : EVGA dépendait de NVIDIA pour ses GPU tout en l’affrontant sur le marché des cartes graphiques finies.
Hedrick évoque également une communication particulièrement verrouillée. NVIDIA pouvait dévoiler certaines caractéristiques au public le jour même où ses partenaires, dont EVGA, les découvraient. Cette rétention d’information réduisait leur capacité à préparer les lancements et à différencier leurs produits.
Des images marquées pour identifier les fuites
À l’arrivée des RTX et du ray tracing, les fuites faisaient l’objet d’une surveillance étroite. Jacob Freeman avait imaginé l’envoi, à chaque revendeur en ligne, d’un jeu d’images comportant un point de couleur distinct dans un coin.
Lorsqu’un visuel apparaissait avant l’embargo et que NVIDIA demandait des comptes, EVGA pouvait ainsi retrouver le distributeur auquel le fichier avait été transmis. Une méthode rudimentaire, mais suffisamment efficace pour remonter la chaîne de diffusion.
Des GeForce vendues à perte pour préserver les allocations
Le témoignage éclaire surtout la faiblesse des marges. D’après la compréhension qu’avait Hedrick des accords en vigueur, EVGA devait proposer une référence au prix de départ communiqué par NVIDIA. Refuser pouvait entraîner une réduction des allocations de GPU, sans qu’il soit toujours possible d’établir clairement le lien avec la politique tarifaire.
Certains modèles servaient ainsi de produits d’appel et étaient vendus à perte afin de préserver l’accès aux puces. La rentabilité reposait sur des cartes plus coûteuses, équipées de PCB renforcés, d’étages d’alimentation plus élaborés et de systèmes de refroidissement haut de gamme.
Ces références devaient cependant absorber leur propre nomenclature, les frais de développement et la logistique, mais aussi compenser les pertes réalisées sur l’entrée de gamme. L’écart avec le prix de départ affiché par NVIDIA paraissait alors disproportionné aux yeux des acheteurs, même lorsque la conception d’EVGA était réellement plus ambitieuse.
GPU Boost réduisait l’intérêt des PCB personnalisés
Cette montée en gamme devenait d’autant plus difficile à défendre que NVIDIA perfectionnait ses cartes de référence et la gestion dynamique des fréquences. Avec GPU Boost 3.0, le GPU adaptait automatiquement sa cadence en fonction des limites thermiques et électriques.
Le surcoût consacré au circuit imprimé et au refroidissement ne produisait donc plus les gains quotidiens autrefois associés à l’overclocking. Le matériel restait complexe et coûteux à concevoir, mais l’amélioration dans les jeux devenait souvent marginale.
Le récit ne réduit pas le retrait d’EVGA du marché des GPU à une cause unique. Il montre toutefois un modèle structurellement déséquilibré : NVIDIA contrôlait la puce, les allocations, le prix de référence et une offre concurrente, tandis que son partenaire assumait les coûts industriels nécessaires pour tenter de se distinguer.
Source : Brendon Ray Hedrick