
Pékin pourrait perdre l’accès à une partie critique de la chaîne lithographie, mais ses champions de la mémoire ont visiblement pris de l’avance. CXMT et YMTC auraient sécurisé assez de machines ASML pour soutenir leur montée en puissance pendant les trois prochaines années.
ASML Chine : un stock stratégique avant un possible blocage
D’après le Financial Times, le fabricant de mémoire CXMT et le spécialiste du stockage YMTC ont accumulé suffisamment d’outils de lithographie DUV signés ASML pour couvrir leurs plans d’expansion sur trois ans. Le point est loin d’être anecdotique dans un contexte de tensions croissantes autour des exportations vers la Chine.
Washington ferait actuellement pression sur le gouvernement néerlandais pour stopper totalement les livraisons d’équipements vers la Chine, y compris sur les anciennes machines DUV. Jusqu’ici, l’attention s’était surtout concentrée sur les systèmes les plus avancés, mais le périmètre des restrictions pourrait donc encore s’élargir.
Le MATCH Act vise aussi les outils DUV plus anciens
Un nouveau texte bipartisan, le Multilateral Alignment of Technology Controls on Hardware (MATCH) Act, est à l’étude aux États-Unis. L’objectif serait d’imposer aux pays alliés un alignement plus strict sur les contrôles technologiques, avec en ligne de mire les machines DUV plus anciennes elles aussi.
Pour ASML, l’enjeu est direct. Si ce texte entrait en vigueur, le groupe pourrait voir disparaître près d’un cinquième de son chiffre d’affaires attendu cette année, la Chine représentant encore une part majeure de l’activité sur ces équipements.
Une relève locale encore très loin du compte
Côté chinois, remplacer rapidement ASML par une offre domestique reste hors de portée à court terme. Shanghai Yuliangsheng Technology aurait bien lancé en juillet une production limitée de machines de lithographie DUV par immersion, avec un objectif de 12 systèmes livrés cette année, contre cinq initialement évoqués d’ici la fin de l’année.
La montée en cadence est réelle, portée par la coopération entre les fabs locales et Yuliangsheng pour accélérer le développement national. Mais à ce niveau, on parle encore d’une base industrielle en construction, très loin de pouvoir remplacer en volume et en maturité l’écosystème ASML sur l’existant.
Ce stock de machines n’efface donc pas la dépendance technologique chinoise, il l’amortit. Pour CXMT et YMTC, cela ouvre surtout une fenêtre de trois ans pour continuer à croître pendant que le cadre géopolitique se durcit et que la filière locale tente de rattraper un retard qui, lui, ne se comble pas au rythme d’une seule douzaine de systèmes par an.
Source : FT